E1 Axiome 6


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Traduction

Une idée vraie doit s’accorder avec son idéat.


Commentaire

Spinoza constate ici simplement comme l’une des propriétés d’une idée vraie qu’elle s’accorde avec son objet. C’est pourquoi il s’agit d’un axiome et non pas d’une définition.
L’axiome est très général, en effet, on pourrait même rencontrer des idées vraies qui ne correspondent pas à un objet existant en acte. En revanche, le jour où l’idéat viendra exister, s’il venait exister en acte, il serait conforme à ce que l’idée dit déjà de lui avant même de son existence car si l’objet existera un jour, il existera conformément à sa définition.

Une idée vraie est en fait la conséquence d’un système de lois de la nature qui lui existe déjà. Autrement dit l’ideat, l’objet non-existant, même au moment où il n’existe pas, est de toute façon déjà la conséquence des lois dans lesquels il se trouve.

Cet axiome n’est donc compréhensible qu’à partir de la systématicité scientifique rappelé par les 4 axiomes premiers. Et elle explique, en combinaison avec l’axiome 4, l’axiome 5 précédent. Car si l’idée vraie doit s’accorder avec son objet, toutes les séries des idées vraies doivent s’accorder avec toutes les séries des objets. Les deux séries sont donc à la fois sans rapport direct et pourtant s’accordent.

Ce sera la doctrine de la substance et des attributs qui permettra de fonder et d’expliquer ce statut en apparence contradictoire.
L’idée, bien qu’elle soit nécessairement conçue comme conforme à un idéat, est telle, non en vertu d’une action que l’objet exercerait sur elle mais de par sa nature intrinsèque.

Par exemple: Il y a une chose et une idée de la chose; la chose n’est pas l’idée et l’idée n’est pas la chose, donc il y a une différence. « Autre est le cercle et autre est l’idée de cercle » comme le dit Spinoza dans le TIE. Une idée peut être vraie ou fausse. Elle est évidemment vraie si elle appartient à une chose et non à une autre et si elle représente ce qu’est et comment cette chose est, c’est-à-dire si elle s’y conforme (convenire). S’il n’y a pas de correspondance entre une idée et celle dont elle est l’idée (l’ideatum), c’est soit que l’idée est l’idée de quelque chose d’autre, soit qu’elle est une idée incomplète ou erronée et alors ce n’est pas une idée vraie mais une idée fausse.

Spinoza décrit un univers qui se produit suivant des lois déterminées, un univers où toute cause déterminée a nécessairement un effet. Ce n’est donc pas n’importe quel univers. Ce n’est pas l’univers de la mythologie, ni l’univers du hasard ou de la contingence. Pour comprendre ce que dit Spinoza il faut déjà avoir accepté que l’univers est entièrement régi par des lois. Il faut l’avoir accepté en principe même si ce n’est pas encore complètement cohérent et même si l’on ne sait pas encore pourquoi.

Mais c’est aussi un univers qui est en quelque sorte à deux niveaux ou en deux dimensions. Il y a l’univers des choses qui apparaissent et qui disparaissent, les phénomènes, et il y a, en quelque sorte sous ces choses, le système des lois. Ce système des lois est en quelque sorte comme un substrat perpétuel ou éternel qui a une plus grande nécessité que les phénomènes. Un avion peut exister ou ne pas exister mais les lois de la nature, dans le cadre duquel l’avion existera ou non, sera construit ou non, s’écrasera ou non, ces lois, elles ont une plus grande permanence que les choses qu’elles règlent. Et c’est en gros ce que nous, lecteurs, sont censés comprendre par la distinction entre substance et mode, par la distinction de ce qui est en soi et ce qui est en autre chose.


Texte latin

Idea vera debet cum suo ideato convenire.


Ascendances

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Références

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