Une chose est dite finie en son genre, lorsqu’elle peut être délimitée par une autre de la même espèce. On dit par exemple d’un corps qu’il est fini parce que nous concevons toujours un autre plus grand. De même une pensée est délimitée par une autre pensée. Mais un corps n’est pas délimitée par une pensée, ni une pensée par un corps
Moreau note dans sa traduction critique (p.504 n.7) que «in suo genere s’oppose à absolute» et que «le verbe terminare (limiter, borner) est traditionnellement employé dans les manuels scolastiques pour définir la notion de fini». Il cite Suárez qui affirme dans son Disputationes metaphysicae (1597): «On dit que quelque chose est fini, non pas parce qu’elle est ceci et non autre chose, mais parce qu’elle est borné par autre chose», Disp.Meta., 30,2.
Cette définition indiquerait alors que dans la réalité une chose n’est (dé)finie que par rapport à une autre. Selon Spinoza la finitude est toujours relative et n’a pas de consistence ontologique. Elle n’est rien de positive.
Karel D’huyvetters note sur son site que c’est le mot «fini» comme traduction de (res) finita qui pose parfois problème. Ce qui importe ici, ce n’est pas la fugacité des choses, mais leur individualité, leur présence concrète comme quelque chose de distinguée. Selon lui, le verbe terminare est à comprendre plutôt comme «délimité» ou «déterminé» au lieu de «limité» ou «borné» parce que ces derniers termes ont toujours la connotation négative de restreindre, d’entraver, de contraindre. Il propose de comprendre ici par terminare plutôt ce qui détermine, distingue ce qu’est quelque chose.
On retrouve ainsi une des idées centrales de la philosophie de Spinoza déjà résumée dans cette deuxième définition. Il y a deux «genres» de la réalité, décrits ici comme des «corps» d’une part et des «idées» d’autre part. Au sein de chacun, il y a des choses qui sont distinctes des autres et qui sont causées par elles, qui sont déterminées par elles. Des corps qui déterminent des corps et des idées qui déterminent des idées. Une idée est donc toujours déterminée par une autre idée et un corps est toujours déterminé par un autre corps.
Ea res dicitur in suo genere finita quæ alia ejusdem naturæ terminari potest. Exempli gratia corpus dicitur finitum quia aliud semper majus concipimus. Sic cogitatio alia cogitatione terminatur. At corpus non terminatur cogitatione nec cogitatio corpore.
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