Dans la nature des choses (in rerum natura) il ne peut y avoir deux ou plusieurs substances de même nature ou attribut.
La proposition 5 permet de comprendre les propositions précédentes. C’est la première proposition de l’Éthique à s’appuyer sur des propositions antérieures pour répondre à la question de savoir s’il est possible qu’il y ait deux substances ou plus ? Spinoza précise encore la question en ajoutant «qui ont la même nature, ou, en d’autres termes, les mêmes attributs», et la réponse est claire : c’est impossible.
Spinoza utilise ici l’expression in rerum natura, que l’on trouve aussi chez Lucrèce. C’est une expression permanente en latin qui a un sens spécifique, à savoir la nature qui nous entoure, le monde, l’univers, mais aussi un sens dérivé : ce qui existe. Si quelque chose n’est pas présente dans la nature ou dans le monde, elle n’est pas, elle n’existe pas. C’est pourquoi In rerum natura est ici, malgré son caractère figé, traduite littéralement, donc par «la nature des choses» et non pas par «la nature». Après tout, il ne s’agit pas du monde concret, de «la Nature», comme nous le disons aujourd’hui, mais de «la nature des choses» au sens de la possibilité même de l’existence. À la limite il vaudra mieux traduire cette proposition simplement par , «il ne peut y avoir deux substances de même nature» en laissant l’expression In rerum natura de côté.
Cette proposition tire les conséquences des précédentes, et atteint déjà un premier principe d’unicité substantielle. Il n’est pas (encore) possible de dire qu’il n’y a qu’une substance (ce ne sera indiqué que dans le scolie de la proposition 10 et établi dans le corollaire 1 de la proposition 14), mais on peut déjà conclure que s’il y a plusieurs substances distinctes, celles-ci doivent avoir des attributs différents (comme dans le cas de figure examiné dans la propoposition 2) ; toute substance est « unique » en son genre, il ne peut y avoir plusieurs substances de même nature.
In rerum natura non possunt dari duæ aut plures substantiæ ejusdem naturæ sive attributi.
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