Je dis appartenir à l’essence d’une chose ce dont la présence pose nécessairement la chose, et dont la suppression supprime nécessairement la chose ; ou encore, ce sans quoi la chose, et inversement ce qui sans la chose, ne peut être ni se concevoir.
Traditionnellement l’essence d’une chose exprime ce qu’elle est, sa nature, les caractères ou qualités constitutifs et nécessaires d’un étant, d’une chose qui «est». En tant que tel c’est un caractère générique qui exprime l’espèce d’une chose.
Ici Spinoza précise qu’appartient à l’essence d’une chose non seulement ce qui permet de le concevoir mais aussi ce qui permet son existence et vise versa. C’est-à-dire qu’il faut, pour qu’une chose soit, la présence de quelque chose qui, à la fois, la pose nécessairement et permet de la concevoir, et, inversément, dont la suppression, à la fois, supprime nécessairement la chose et empêche de la concevoir.
Le fait qu’il parle ici de «appartenir à l’essence» laisse en quelque sorte la porte ouverte pour la conception des essences individuelles.
Une chose sans essence n’est rien, n’exprime quelque chose, ni E(I) ne peut exister sans I. Cela a du sens : l’essence, bien sûr, rien. c’est rien; quelque chose qui n’est pas là, d’une manière ou d’une autre, n’a pas d’essence, il n’exprime l’essence de la substance d’aucune manière, sous aucun attribut. Une telle chose ne peut pas exister ni même être concevable.
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