E1 Définition 3


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Traduction

Par substance je comprends ce qui est en soi et se conçoit par soi, c’est-à-dire ce dont le concept ne requiert pas, pour être formé, le concept d’une autre chose.


Commentaire

La notion de substance remonte dans l’histoire de la philosophie jusqu’à la notion d’ousia chez Aristote dont c’est une traduction. Or, dans l’histoire cette notion n’a pas toujours gardé le même sens. La notion traditionnelle conçoit la substance comme support des accidents.

Moreau (p.505 n.8) cite Lewis Robinson (Kommentar, p.39-42) qui «a mis en lumière ce qu’il appelle la conception “attributive” de la substance: la substance, ce sont les attributs.»

Selon Gueroult la définition 3 nous fait connaître, non la chose substantielle, mais seulement le critère de toute substantialité. Ce n’est qu’avec la définition 4 qu’est désigné, par l’attribut, ce qui est donné à la compréhension comme constituant l’essence de la substance.
Ainsi la réalité de la substance, c’est sa nature ou essence, c’est-à-dire l’attribut que la compréhension reconnaît être indubitablement une substance du fait qu’elle satisfait aux critères de la substantialité, à savoir être en soi (inséité) et être conçue par soi.
On peut dire que ce concept de la substance est le plus général, et peut-être aussi le plus abstrait, de tout l’Éthique : un passage de la lettre 9 à Simon de Vries le présente comme l’équivalent de celui de l’Être considéré en tant que tel (substantia sive ens). « Être » est donc ici à prendre absolument : c’est le fait même d’être, ou d’être substance, c’est-à-dire d’être en soi, qui doit aussi être conçu par soi, la substance est ce qui n’appartient qu’à soi, et à rien d’autre.

Laerke remarque que l’ontologie spinozienne est interprété par Leibniz, en 1678, «selon le schema logico-grammatical d’origine scolastico-aristotélicienne. Il lit cette définition donc comme « La substance est ce qui est en soi, ou qui n’est pas en autre chose comme dans un sujet. »
Leibniz comprend par ens in se un être qui n’existe pas dans un sujet et donc par «mode fini» ce qui est «en autre chose comme dans un sujet». Par là il «se révèle être un des premiers à soutenir que, selon Spinoza, toutes choses se rapportent à Dieu comme des prédicats se rapportent au sujet auquel ils appartiennent.» Leibniz instaure ainsi une véritable tradition d’interprétation qui est encore aujourd’hui très présent et selon laquelle «la philosophie de l’immanence de Spinoza se présente comme une philosophie de l’intériorité : rien n’existe qui ne soit pas dans la substance unique, de la même façon que quelque chose de contenu est dans un contenant. Toutes choses se rapportent à Dieu par une relation d’inhérence.»
Certes, ces interprétations s’appuient sur les textes comme dans EIp15 où Spinoza affirme que « tout ce qui est, est en Dieu [in Deo] ». Cependant, nous disons avec Laerke (et aussi Ramond) que «malgré l’existence de telles formules chez Spinoza, ces interprétations nous semblent contestables, puisqu’elles reposent sur une analyse insuffisante de la signification de la préposition in chez Spinoza, et sur une idée préconçue de « l’être dans » trop attachée au sens commun.»
Reste à voir, en revanche, s’il est possible de partager leur point de vue selon lequel il faudrait « argumenter en faveur de l’idée contraire, à savoir que la substance unique de Spinoza n’a rien d’une intériorité absolue ; que la notion d’inhérence s’accorde mal à la conception spinozienne de l’immanence ; et que, au contraire, le système spinozien s’inscrit dans une sorte d’extériorité absolue […] ou, plus précisément, c’est à partir des dénominations extrinsèques, c’est-à-dire des relations extérieures à leurs termes, que toute intériorité est constituée.»


Texte latin

Per substantiam intelligo id quod in se est et per se concipitur hoc est id cujus conceptus non indiget conceptu alterius rei a quo formari debeat. 


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Références

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