Par Dieu je comprends un être absolument infini, c’est-à-dire une substance consistant en une infinité d’attributs, dont chacun exprime une essence éternelle et infinie.
Dans la première partie de l’Éthique, intitulé De Deo, le concept de Dieu est l’objet direct de la réflexion et Spinoza y qualifie son existence, sa nature et ses propriétés. Il l’identifie avec la substance et ses attributs.
Dans les autres parties le terme substance va progressivement disparaître et le concept de Dieu permettra à Spinoza de rassembler en quelque sorte la connaissance avant de devenir dans la cinquime partie l’objet de la connaissance et de l’amour humain. Le concept remplit donc au sein de l’Éthique plusieurs fonctions.
L’usage que Spinoza en fait nous invite à la plus grande attention. C’est pourquoi nous avons décidé de transgresser les règles courants de la traduction et de remplacer – au moins dans les premières parties – le terme par celui de substance-dieu.
Le contenu de cette définition de Dieu concerne en fait la réalité entière, riche et complexe (Deus sive natura).
Le « absolument infini » évoque des conceptions traditionnelles du divin présenté comme Être souverain, absolu et infini. Toutefois Spinoza la fait suivre aussitôt d’une seconde présentation de la nature de Dieu : celle-ci fait intervenir les notions de substance et d’attribut, qui viennent d’être introduites (E1d3 et E1d4)
Il y a eu de nombreuses controverses sur la formule « infinis attributs » qui comprend à la fois l’idée que les attributs sont infinis, chacun dans le genre qu’il constitue, et également l’idée qu’ils sont une infinité dans l’ordre absolu de la substance. Constituée de cette infinité d’attributs dont chacun est en lui-même infini, la substance apparaît en conséquence comme infiniment infinie : ce qui signifie encore qu’en elle ces genres d’être ne se distinguent pas, puisqu’ils expriment solidairement sa nature éternelle et infinie qui ne peut que se retrouve identique à soi à travers eux tous.
Ce n’est donc pas une somme, une réunion d’éléments extérieurs les uns aux autres. Ce n’est pas un agrégat. Il va du singulier de la substance-dieu au pluriel des attributs qui constituent celle-ci. La substance-dieu est donc à la fois « un » et « tous » au sein d’une unité qui se déploie à travers une pluralité infinie dont elle effectue une synthèse ouverte.
La substance-dieu n’est donc rien d’autre que la substance telle qu’elle s’exprime à travers ses attributs, l’infinité de ses attributs à laquelle rien ne peut être ajouté ni soustrait.
En termes antiques on pourrait peut-être dire qu’elle est à la fois le “tout” au sens de pan (πᾶν) et au sens de holos [ὅλος).
Per Deum intelligo ens absolute infinitum hoc est substantiam constantem infinitis attributis quorum unumquodque æternam et infinitam essentiam exprimit.
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