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E3 Proposition 11 Scolie

Scolie

C’est pourquoi nous voyons que la mens peut subir passivement de grands changements et passer parfois à une plus grande, parfois à une moindre perfection, et ce sont ces passions qui nous expliquent les affects de joie et de tristesse. C’est pourquoi par joie j’entendrai dans la suite la passion par laquelle la mens passe à une plus grande perfection, et par tristesse la passion par laquelle elle passe à une perfection moindre. Plus encore: quant ils sont rapportée au corps et à la mens en même temps, j’appelle l’affect de joie, chatouillement ou allégresse ; l’affect de tristesse, douleur ou mélancolie. Mais il faut remarquer que le chatouillement et la douleur se rapportent à l’être humain quand une de ses partie est affectée plus que les autres; alors que l’allégresse et la mélancolie s’y rapportent quand toutes les parties sont affectées également. Ensuite, ce qu’est le désir je l’ai expliqué dans E3p9s; et outre ces trois-là je ne reconnais aucun affect primaire. Mais avant que j’aille plus loin, il me faut expliquer plus longuement la proposition E3p10, pour que l’on comprenne plus clairement de quelle manière une idée est contraire à une idée. Dans E2p17s, nous avons montré que l’idée qui constitue l’essence de la mens implique l’existence du corps aussi longtemps que ce corps existe. Ensuite, de ce que nous avons montré dans E2p8c et E2p8s, il suit que l’existence présente de notre mens dépend de cela seulement: du fait que la mens implique l’existence actuelle du corps. Enfin la puissance de la mens, par laquelle elle imagine les choses et s’en souvient, dépend, nous l’avons montré, (cf E2p17 et E2p18) de cela aussi: du fait qu’elle implique l’existence actuelle du corps. Il suit de tout cela que l’existence présente de la mens et sa puissance d’imaginer sont supprimées dès que la mens cesse d’affirmer l’existence présente du corps. Or la cause pour quoi la mens cesse d’affirmer cette existence ne peut être la mens elle-même (E3p4), ni non plus le fait que le corps cesse d’être. En effet (E2p6) la cause pour laquelle la mens affirme l’existence du corps, n’est pas le fait que le corps a commencé à exister ; c’est pourquoi, pour la même raison, elle ne cesse pas d’affirmer l’existence du corps parce que le corps cesse d’exister ; mais (E2p8) cela vient d’une autre idée qui exclut l’existence présente de notre corps et par conséquent de notre mens, et qui ainsi est contraire à l’idée qui constitue l’essence de notre mens.


Texte latin

Videmus itaque mentem magnas posse pati mutationes et jam ad majorem jam autem ad minorem perfectionem transire, quæ quidem passiones nobis explicant affectus lætitiæ et tristitiæ. Per lætitiam itaque in sequentibus intelligam passionem qua mens ad majorem perfectionem transit. Per tristitiam autem passionem qua ipsa ad minorem transit perfectionem. Porro affectum lætitiæ ad mentem et corpus simul relatum titillationem vel hilaritatem voco, tristitiæ autem dolorem vel melancholiam. Sed notandum titillationem et dolorem ad hominem referri quando una ejus pars præ reliquis est affecta; hilaritatem autem et melancholiam quando omnes pariter sunt affectæ. Quid deinde cupiditas sit in scholio propositionis 9 hujus partis explicui et præter hos tres nullum alium agnosco affectum primarium nam reliquos ex his tribus oriri in sequentibus ostendam. Sed antequam ulterius pergam, lubet hic fusius propositionem 10 hujus partis explicare ut clarius intelligatur qua ratione idea ideæ sit contraria. In scholio propositionis 17 partis II ostendimus ideam quæ mentis essentiam constituit, corporis existentiam tamdiu involvere quamdiu ipsum corpus existit. Deinde ex iis quæ in corollario propositionis 8 partis II et in ejusdem scholio ostendimus, sequitur præsentem nostræ mentis existentiam ab hoc solo pendere quod scilicet mens actualem corporis existentiam involvit. Denique mentis potentiam qua ipsa res imaginatur earumque recordatur, ab hoc etiam pendere ostendimus (vide propositiones 17 et 18 partis II cum ejus scholio) quod ipsa actualem corporis existentiam involvit. Ex quibus sequitur mentis præsentem existentiam ejusque imaginandi potentiam tolli simulatque mens præsentem corporis existentiam affirmare desinit. At causa cur mens hanc corporis existentiam affirmare desinit, non potest esse ipsa mens (per propositionem 4 hujus) nec etiam quod corpus esse desinit. Nam (per propositionem 6 partis II) causa cur mens corporis existentiam affirmat, non est quia corpus existere incepit : quare per eandem rationem nec ipsius corporis existentiam affirmare desinit quia corpus esse desinit sed (per propositionem 8 partis II) hoc ab alia idea oritur quæ nostri corporis et consequenter nostræ mentis præsentem existentiam secludit quæque adeo ideæ quæ nostræ mentis essentiam constituit, est contraria. 

Ascendances

Descendances

Références

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